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Rapport moral assemblée générale 2026

RAPPORT MORAL – 2025

Pourquoi l’Association de sauvegarde de la Siagne et de son canal s’est‑elle créée, en 2001, pour défendre le canal de la Siagne et, à partir de 2010, la rivière elle‑même et sa biodiversité ?
En voici les cinq fondements.

1. Le canal, un patrimoine vivant

Le Canal de la Siagne, c’est notre patrimoine.
Il a été mis en service en 1868, après des travaux considérables pour capter l’eau de la Siagne, la faire remonter depuis les gorges du fleuve jusqu’à Cannes et vers les communes du pays grassois, dans une région où l’eau a longtemps manqué.

L’arrivée du canal a alors changé la vie quotidienne des habitants.
On raconte l’immense joie populaire qui a accompagné l’arrivée de l’eau à Cannes : ce n’était pas un simple chantier, c’était un événement fondateur pour tout un territoire, depuis la vallée de la Siagne jusqu’au littoral.

Depuis plus de cent cinquante ans, des villages, des quartiers, des maisons se sont développés le long de son tracé.
Pour beaucoup d’habitants, le canal n’est pas resté un vide, encore moins un cloaque : c’est un repère, un compagnon de vie, un morceau de leur mémoire, intimement lié au fleuve qui l’alimente.

Sauvegarder le canal, ce n’est pas seulement conserver un ouvrage du XIXᵉ siècle.
C’est honorer le travail de ceux qui l’ont bâti, préserver un patrimoine qui fait partie de notre identité collective, et reconnaître la place de la Siagne dans l’histoire de notre territoire.

2. Le canal, l’eau et l’environnement

Le Canal de la Siagne, ce n’est pas seulement un symbole.
C’est une artère vitale pour l’alimentation en eau potable de l’ouest maralpin, qui prolonge et distribue l’eau de la Siagne.

Sur environ quarante‑quatre kilomètres, principalement à ciel ouvert, le canal traverse Saint‑Cézaire‑sur‑Siagne, Le Tignet, Spéracèdes, Peymeinade, Grasse, Mouans‑Sartoux, Mougins, Le Cannet puis Cannes.
Il contribue à l’approvisionnement de centaines de milliers d’habitants en eau de très grande qualité, issue d’un fleuve encore préservé.

Dans un contexte de changement climatique, de sécheresses plus fréquentes, de pression croissante sur la ressource, cette eau de la Siagne ne peut pas être considérée comme acquise.
Nous devons la protéger, en qualité comme en quantité : cela implique de préserver le fleuve, ses sources et ses affluents, mais aussi la façon dont nous traitons le canal lui‑même, qui en est le prolongement.

Protéger le canal, c’est donc protéger la ressource en eau de la Siagne, nos milieux aquatiques, notre environnement et la qualité de notre cadre de vie.

3. Le canal, architecture urbaine et climat

Le canal joue également un rôle environnemental à un autre niveau.
Il prolonge, au cœur des villes, le ruban de verdure que constituent la Siagne et ses berges en amont.
Il forme un corridor de nature, un espace de promenade, de respiration, notamment dans des zones très urbanisées.

Quand on marche le long du canal, on voit des arbres, des berges, une biodiversité qui s’accroche : oiseaux, insectes, petites faunes venues de la vallée de la Siagne.

Le Canal de la Siagne à ciel ouvert est ainsi un élément d’architecture urbaine et un maillon de la trame verte et bleue issue du fleuve.
Au cœur de villes et de communes de plus en plus denses, ce ruban d’eau apporte de la fraîcheur, du mouvement, de la lumière.

Il fonctionne comme une forme de climatisation naturelle.
L’eau qui circule, l’évaporation, la végétation des berges contribuent à adoucir les températures et à créer des microclimats plus respirables, prolongeant le rôle de la Siagne comme « rivière de fraîcheur ».

Avec le réchauffement climatique, les vagues de chaleur sont plus fréquentes et plus fortes.
Dans ce contexte, chaque source de fraîcheur naturelle compte : un canal à ciel ouvert, alimenté par un fleuve vivant, n’est pas un luxe, c’est une réponse concrète pour rendre nos villes plus vivables.

Préserver le canal à ciel ouvert, c’est donc préserver un paysage.
C’est aussi protéger un outil naturel de régulation du climat urbain, directement lié à la Siagne et à ses écosystèmes.

4. Riverains et propriété privée

Je veux maintenant insister sur un point : la place des riverains.

Depuis des décennies, des habitations se sont construites en bordure du canal.
Des familles ont choisi d’habiter là pour la vue, pour la présence de l’eau, pour ce paysage unique, qui prolonge la vallée de la Siagne jusqu’aux portes des maisons.

Pour elles, le canal fait partie de la valeur ajoutée de leur maison et de leur qualité de vie.
Un canal à ciel ouvert apporte une vraie plus‑value aux propriétés riveraines :
un paysage, un lieu de promenade, un environnement calme et singulier, où l’on ressent encore la présence de la rivière d’origine.

Cette plus‑value appartient aux habitants, qui vivent là, qui entretiennent leurs abords, qui veillent sur le canal et, à travers lui, sur la Siagne au quotidien.

Quand nous défendons le canal, nous défendons aussi cette réalité‑là :
le droit des riverains à voir respectés leur propriété, leur cadre de vie, leur patrimoine.

Nous refusons que des décisions prises loin du terrain viennent dévaloriser leurs biens, sans nécessité pour la sécurité ou pour la ressource en eau de la Siagne.

Notre association porte donc une double exigence :
protéger la ressource en eau et le patrimoine,
et protéger les habitants.

Nous avons toujours cherché à concilier sécurité du canal, servitudes nécessaires, et sauvegarde de la propriété privée et de la valeur des maisons, dans le respect du fleuve et de ses équilibres.

5. L’action de l’association

C’est pour toutes ces raisons que l’Association de sauvegarde de la Siagne et de son canal s’est constituée en 2001, d’abord pour défendre le canal à ciel ouvert.

Son objet est aujourd’hui double :
– préserver le canal de la Siagne à ciel ouvert ;
– et, depuis 2010, travailler à la conservation de la ressource en eau de la Siagne et de la biodiversité de son bassin versant.

À partir de 2010, considérant que l’avenir de la Siagne et celui du canal étaient intimement liés, l’association a engagé une nouvelle phase de son action :

  • elle a mis en place, en milieu scolaire primaire, un cycle d’interventions consacré à l’eau et à la biodiversité, pour faire découvrir la Siagne, son canal et leurs milieux ;
  • pendant une dizaine d’années, ces cours ont permis de sensibiliser plusieurs générations d’enfants aux enjeux de la rivière, de la ressource en eau et des écosystèmes.

Nous ne menons plus aujourd’hui ces cycles scolaires, et nous le regrettons, car ils étaient au cœur de notre engagement éducatif.

Concrètement, face aux menaces de couverture totale du canal, nous avons mené plusieurs types d’actions :
– diffusion de tracts et d’informations pour alerter les habitants ;
– saisines des autorités et participation aux concertations ;
– démarches auprès des services compétents pour la protection patrimoniale ;
– organisation de mobilisations publiques.

Nous avons également noué un dialogue avec le SICASIL, avec des élus, avec SUEZ, sur la gestion de l’eau potable issue de la Siagne et du Loup, et sur le devenir du canal.

Ce travail commun a permis :
– la mise en place, par le SICASIL en partenariat avec l’association, de la Fête du Canal de la Siagne en 2006, fête qui a rassemblé des milliers de personnes le long du canal et sensibilisé le public à la Siagne et à sa ressource ;
– des programmes de rénovation et d’embellissement des berges ;
– la restauration de petits ponts qui a redonné au canal une part de son charme ;
– une vigilance partagée sur l’état du canal, avec des alertes régulières quand des problèmes sont signalés, qu’il s’agisse du canal ou de la rivière à proximité ;
– la sauvegarde durable du Canal de la Siagne à ciel ouvert.

Aujourd’hui, nous poursuivons cet engagement sur le terrain, le long de la Siagne et du canal, à travers des promenades‑surveillance et des opérations de ramassage de déchets qui associent habitants, élus et partenaires.

Depuis, le canal a changé de visage.
Ce n’est plus aujourd’hui le cloaque que certains ont connu au début des années 2000.
C’est devenu un lieu de promenade, un lieu de vie, un motif de fierté pour beaucoup d’habitants, et un trait d’union visible entre la Siagne « rivière » et la Siagne « canal ».

Enfin, parce que la protection du canal est indissociable de celle de l’eau, l’association a développé un projet de Centre de l’Eau et de la Biodiversité de la Siagne.

Ce centre aurait pour vocation de :
– renforcer l’éducation à l’eau et à la nature, en particulier dans les écoles, en expliquant le fonctionnement de la Siagne et de son canal ;
– informer le public sur les enjeux du climat, de la ressource, des risques d’inondation dans la vallée de la Siagne ;
– compléter la veille scientifique existante, avec une approche associative, sur les milieux aquatiques et la biodiversité du bassin versant ;
– faire une place à l’art pour toucher aussi la sensibilité et l’émotion, autour de la rivière et du canal.

Ce projet n’est pas encore réalisé, mais nous continuons à le porter, car nous pensons qu’il serait un outil précieux pour préparer l’avenir de la Siagne, de son canal et des populations qui en dépendent.

Conclusion : un appel à agir ensemble

En réalité, tout ce que nous faisons repose sur une conviction simple :
nous ne pouvons pas rester spectateurs du destin du Canal de la Siagne et de la Siagne elle‑même.

Le canal, ce n’est pas seulement un ouvrage ancien.
C’est l’ossature de notre alimentation en eau, un patrimoine vivant, un espace de nature, et un élément essentiel de la valeur des maisons qui le bordent.

Aujourd’hui, beaucoup de choses ont été faites.
Mais rien n’est définitivement acquis.
La pression sur l’eau, l’urbanisation, le dérèglement climatique nous obligent à rester vigilants et à poursuivre l’effort, pour le canal comme pour le fleuve.

C’est pourquoi je vous invite, très concrètement, à vous engager à nos côtés :
– en rejoignant l’association,
– en participant aux actions de terrain et de sensibilisation,
– en soutenant le projet de Centre de l’Eau et de la Biodiversité de la Siagne,
– en parlant du canal et du fleuve autour de vous.

Chaque geste compte.

En défendant le Canal de la Siagne et la Siagne, nous défendons une certaine idée de notre territoire :
un territoire qui respecte son histoire, protège son eau, écoute ses habitants et prépare l’avenir des générations futures.